Situation des principaux pays en 1919

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Situation des principaux pays en 1919

Message par Jhe le Mar 10 Avr 2018 - 21:59

Après 4 années d’enfer l’Europe, et plus largement le monde, voit enfin la fin de la guerre la plus meurtrière qu’ait jusque là connue l’Humanité. La signature de l’armistice le 11 novembre 1918 a en effet marquée la fin des combats entre les pays de la Triplice (Allemagne, Autriche-Hongrie, Empire Ottoman) et les Alliés (France, Royaume Uni, États Unis, Italie, Japon) et l’heure de poser les bases de la paix est venue. Vaincus sur le terrain militaire et très affaiblis, les Empires centraux vont devoir accepter une paix leur étant très défavorable (ouverture de la conférence de paix de Versailles dès janvier 1919) et un ordre séculaire est sur le point de s’effondrer.

En Allemagne la prestigieuse monarchie Hohenzollern a perdu en quelques jours le pouvoir en 1918. Dans un pays épuisé par la guerre et au bord de l’effondrement économique et militaire la révolution éclate en effet le 9 novembre 1918, des conseils ouvriers se forment et la République est proclamée. Intégrés au dernier gouvernement du Kaiser, les sociaux démocrates prennent vite le contrôle de cette République allemande et leur chef, Ebert, devenu chancelier du nouveau régime, s’empresse de signer l’armistice. Humiliée par la défaite et en proie à une crise généralisée l’Allemagne est au début de 1919 au bord de l’explosion, d’autant plus que la gauche la plus radicale, groupée au sein du nouveau parti communiste allemand, œuvre activement à déclencher une révolution, se heurtant par là à un gouvernement certes dominé par les socialistes mais beaucoup plus modéré.

En Autriche-Hongrie, elle aussi vaincue sur le plan militaire et en crise généralisée, l’Empereur Charles Ier engage la sortie de son pays du conflit en octobre 1918 mais ses tentatives pour sauver la double monarchie des Habsbourg s’avèrent vaines. Devant la déliquescence de l’État les sentiments nationaux s’affirment (encouragés par le droit des peuples à disposer d’eux même proclamé par le président Wilson) et l’Empereur, privé de toute autorité et abandonné de tous, est contrait à l’abdication le 12 novembre 1918. Tandis qu’une République d’Autriche Allemande est proclamée c’est une République démocratique hongroise (gouvernée par une coalition entre démocrates et socialistes) qui prend le pouvoir à Budapest, le sud de l’Empire se joint également au mouvement avec la formation d’un royaume des Serbes, Croates et Slovènes tout comme la Tchécoslovaquie qui se proclame aussi État indépendant. Le sud est de l’Empire prend lui la voie de la réunion à la Roumanie. Imbroglio politique et ethnique, l’espace austro hongrois est une véritable poudrière, les motifs de conflits pouvant opposer les nouveaux États sont légions (frontières, minorités ethniques). L’enjeu pour ces derniers va être de se consolider au niveau interne et d’obtenir une reconnaissance internationale. La contagion révolutionnaire pointe également.

Troisième grand Empire de la Triplice, l’Empire Ottoman se trouve lui aussi dans une situation préoccupante. Devant la défaite de ses alliés, son isolement progressif (retrait de la Bulgarie du conflit) et la lente mais réelle progression franco britannique au sud (via la Palestine et la Syrie) le sultan finit par demander l’armistice en octobre 1918. Assez flou l’armistice signée laisse largement en suspens l’avenir de la Porte mais son armée entame un processus de démobilisation tandis que les britanniques commencent à occuper des points stratégiques du territoire (Dardanelles, Bosphore…).

En Russie la guerre a là aussi eu des conséquences extrêmement importantes. L’autocratie Romanov n’a en effet elle non plus pas survécu au conflit. Épuisée par la guerre, gouvernée par un Tsar Nicolas II déconnecté des réalités et une famille impériale des plus impopulaires l’État russe entre en état de déliquescence et la Russie s’engage dès 1917 dans un irrémédiables processus révolutionnaire. Renversé en février 1917, Nicolas II laisse la place à un gouvernement provisoire relativement modéré qui cherche à continuer la guerre tout en réformant le pays. Celui ci doit toutefois compter avec les nombreux soviets révolutionnaires s’étant formés (divisés entre bolcheviks, mencheviks et socialistes révolutionnaires très liés à la paysannerie). Accumulant défaites militaires et revers intérieurs, le gouvernement est toutefois vite affaibli. Les bolcheviks de Lénine en profitent pour accroître leur audience et finissent par prendre le pouvoir en octobre 1917 lors d’un véritable coup d’état menés par les milices bolcheviques et leurs relais dans l’armée. Désormais au pouvoir les bolcheviques entament de nombreuses réformes et s’empressent de sortir la Russie du conflit (paix de Brest Litovsk en mars 1918) au prix d’immenses concessions territoriales (Finlande, Pays Baltes, Pologne, Ukraine ...). Les oppositions internes sont toutefois nombreuses et une véritable guerre civile s’engage. Les armées blanches, soutenues par les Alliés, engagent en effet la lutte contre les bolcheviques tandis que de nombreuses nationalités se proclament indépendantes (Finlande, Pologne, Pays Baltes, Ukraine) et que divers mouvements dissidents de gauche (anarchistes de Makhno en Ukraine). Face à cette situation Lénine n’a de choix que d’engager une véritable politique de terreur et de proclamer le « communisme de guerre » pour sauver la révolution pendant que sur le terrain l’Armée Rouge de Trotsky combat sans relâche les Blancs. A la tête du seul pays socialiste du monde Lénine a enfin la ferme intention de lancer une vague révolutionnaire mondiale…

Du côté allié la situation est certes meilleures, les Etats ont tenus le choc de la guerre et peuvent mettre en avant leur victoire, mais les problèmes sont là aussi légions. La France, dirigée d’une main de fer par le président du Conseil Clémenceau, entend bien faire payer à l’Allemagne le prix fort de la guerre et le sang de ses fils. Le pays est en effet traumatisé par la guerre, la situation économique et financière est des plus fragiles et le retour du pays à une situation normale prendra du temps (reconversion de l’éco). Le même constat peut globalement être fait de l’Italie d’Orlando, très affaiblie et marquée par le conflit mais qui espère bien remettre la main sur ses Terres Irrédentes (Trentin, Trieste, Dalmatie, Istrie). Moins touchée par la guerre le Royaume Uni de Lloyd Georges va lui aussi devoir se réadapter à un temps de paix alors même que la guerre a accéléré le relatif déclin économique du pays, notamment face aux USA (abandon de l’étalon or). Dans ces trois pays le front social menace également et le précédent russe est désormais dans tous les esprits… Le même constat peut être fait des pays de la Péninsule Ibérique, très fortement touchés par la grippe espagnole, qui restent assez arriérés économiquement et instables politiquement.

Ailleurs dans le monde, les Etats Unis, entrés tardivement dans le guerre, ont su en tirer profit à un moindre coût humain. L’effort de guerre leur a permis de beaucoup développer leur industrie, qui peut également profiter du déclin des puissances européennes, tandis que leur puissance financière (dollar concurrençant la livre, stock d’or, crédits aux européens) et commerciale (flotte de commerce, arrière cour sud américaine) en font désormais un pays incontournable. Des difficultés économiques internes (inflation, reconversion à venir de l’éco) pointent toutefois, les oppositions aux démocrates sont nombreuses et des troubles sociaux menacent. Sous l’égide du président démocrate Wilson le pays entend également faire entendre sa voix dans le monde, notamment en se faisant le porte étendard du droit des peuples à disposer d’eux même dans le cadre des futures négociations de paix. Le Japon a également profité de la guerre pour s’affirmer économiquement, tout comme les autres « pays neufs » (Canada, Australie …)

Dans le monde colonial (notamment anglais et français) mises à profit humainement et économiquement par les métropoles pour participer à l’effort de guerre, les peuples attendent une amélioration de leur sort (comme « rétribution » de leur aide et encouragés par les préceptes de Wilson). Dans ce contexte les mouvements nationalistes locaux (Inde, Égypte, Afrique du Nord) commencent à se faire entendre et si l’indépendance n’est pas forcément d’ores et déjà revendiquée l’on réclame des rapports égalitaires et fondés sur le droit entre métropoles et colonies.

L’Amérique latine reste quand à elle un peu à l’écart des grand tourments du monde, bien que certain pays comme le Brésil ont participé au conflit mondial. Fermement dans l’orbite américaine, les pays sud américains restent assez mineurs économiquement et restent centrés sur l’exportation de matières premières tandis que leurs vies politiques sont relativement instables et oligarchiques, voire autoritaires. Les menaces de troubles sociaux sont toutefois là alors même que la Révolution Mexicaine se poursuit.

En Asie indépendante, le Japon peut fièrement s’afficher dans le camp des vainqueurs de la guerre tandis que le pays a su profiter des opportunités économiques liées à la guerre (renforcement de son industrie et de son commerce extérieur) même si les déséquilibres internes restent importants. Au plan politique si le régime impérial affiche une façade plus ou moins constitutionnel le pouvoir de l’empereur reste fondé sur le droit divin et le poids de l’armée et des industriels reste prégnant. La Chine reste quand a elle considérée par les Occidentaux comme un espace semi colonial dans le cadre d’une domination fondée sur les traités inégaux et diverses concessions territoriales. Au niveau interne le pays a toutefois sombré dans l’anarchie politique depuis la révolution de 1911 et se trouve dans une phase avancée de délitement politique et territorial. Au début de l’année 1919 deux gouvernements se proclament comme autorité légitime en Chine : un gouvernement du Nord à Pékin (reconnu par les pays occidentaux) et un gouvernement du Sud à Canton. Sur le terrain la majorité du territoire est toutefois contrôlée par des seigneurs de guerre, souvent en concurrence, dont les luttes enfoncent le pays , et notamment les campagnes, dans la misère. Le développement industriel qui prend forme dans le nord et l’est du pays commence toutefois à entraîner une relative transformation des structures sociales avec l’affirmation d’une classe ouvrière et d’une nouvelle élite plus ouverte sur l’Occident. Là aussi l’histoire reste à écrire…
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